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De la Bourgogne au domaine de Ribières : ma vérité de vigneron

Chers amis, chers passionnés,

On me demande souvent comment un garçon grandi au milieu des vaches charolaises et des champs de céréales, entre Saint-Étienne et Roanne, a fini par planter de la vigne en Provence.

La réponse n’est pas romantique. Elle est physique.

Mes parents étaient agriculteurs. J’ai grandi avec la terre, mais je n’avais aucune passion pour l’élevage ou le maïs. Mon déclic, je le dois à des amis de la famille, propriétaires à Chassagne-Montrachet. C’est là-bas, les mains dans le raisin, que j’ai compris la noblesse de ce métier : être à la fois paysan, chimiste et commerçant. C’est là-bas que j’ai appris la rigueur bourguignonne.

Pendant cinq ans, j’ai taillé, vendangé et soigné ces vignes prestigieuses comme si c’étaient les miennes. Mais il y avait cette frustration, sourde et tenace : voir le fruit de notre labeur partir le lendemain des vendanges chez de grands négociants. Je voyais le potentiel de faire de grands vins, mais je ne pouvais pas aller au bout du geste.

L’amour m’a conduit en Provence. Le choc fut rude.

Je suis passé des fûts bourguignons aux cuves inox de 5 000 hectolitres. J’ai découvert une viticulture industrielle, où la vigne et la cave sont deux mondes qui s’ignorent. Je vinifiais des volumes massifs de rosé « technique », ces vins levurés qui sentent la pêche et le kiwi, standardisés pour plaire à tout le monde et ne surprendre personne.

Il fallait que je m’échappe. Il fallait que je crée Colvert.

Avec ma femme Fanny, nous avons repris les terres familiales du Domaine des Ribières. Des terres en dormance depuis 70 ans, perchées à 350 mètres d’altitude, face à la Sainte-Victoire. Un terroir argilo-calcaire brut, rouge de fer, balayé par le vent, où il a fallu tout réapprendre.

L’obsession du Blanc, le défi du Rouge.

Je ne cherche pas la facilité. Quand j’ai démarré, j’étais guidé par mon héritage bourguignon. Je voulais prouver qu’on pouvait faire ici, en Provence, des vins blancs de haute volée. J’ai commencé par là. Des Blancs de Noirs pressés directement, des Rolles élevés sur lies, avec de la tension et de la matière.

Le pari était osé au pays du rosé, mais vous m’avez suivi. Ces premiers millésimes ont été un succès fulgurant, au point que tout est vendu. Voir mes blancs partir si vite m’a confirmé que ce terroir avait des choses immenses à raconter.

Mais un vigneron ne doit jamais s’installer dans le confort. La curiosité m’a piqué à nouveau. J’ai voulu explorer d’autres facettes de mes sols, chercher de nouveaux plaisirs.

C’est pourquoi, depuis peu, je me suis attaqué aux rouges. C’est mon nouveau défi. Je ne cherche pas la lourdeur ou l’extraction, mais le fruit, la droiture, la « buvabilité ». Je veux voir jusqu’où mes vignes peuvent aller dans ce registre.

Mon ambition reste la même : toucher chaque pied de vigne.

C’est ma manière de « lire » la terre. Tailler, ébourgeonner, vendanger moi-même, c’est la seule façon de comprendre comment mes gestes impactent ce que vous aurez dans votre verre. C’est pour cela que je limite la taille du domaine : je veux garder ce lien charnel avec le végétal.

Aujourd’hui, que vous goûtiez mes blancs devenus rares ou mes nouveaux rouges, vous ne buvez pas un « produit » de Provence. Vous buvez la rencontre entre la rigueur de la Bourgogne et l’éclat de la Méditerranée. Vous buvez le travail d’un homme qui a choisi de ne pas tricher.

Merci de faire partie de cette aventure.

Marc Kemlin
Vigneron
Domaine de Ribières

Marc Kemlin

Une réponse à “De la Bourgogne au domaine de Ribières : ma vérité de vigneron

  • C’est très beau !!!! Y’a autant d’amour que de talent. Bravo mon Marco

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